ISIS, l’Irak et la Guerre syrienne: la Réponse

Image processed by CodeCarvings Piczard ### FREE Community Edition ### on 2017-04-08 13:21:39Z | |

Dr. Fadi Elhusseini Traduction‏ par Assia al-Akhras

Quand les éléments en présence rendent difficile l’obtention d’analyses saines, la théorie du complot s’érige alors en outil pour expliquer l’inexplicable. Ceci s’applique parfaitement à la situation au Moyen-Orient. Plusieurs observateurs souscrivent à cette approche et le développement de la situation sur le terrain démontre l’implication claire des puissances étrangères (sur le plan international ou régional), et ce depuis des décennies. De tels indicateurs confortent l’idée que des changements spectaculaires pourraient avoir lieu très prochainement.

Tout d’abord, l’unité des Arabes ne peut être sans importance pour les pouvoirs étrangers qui ont des intérêts dans la région. Si les Arabes sont unis, ils constitueraient une force de frappe indéniable qui ne peu laisser indifférentes les puissances impérialistes dans une région geo-stratégiquement si importante. Le récent rôle iranien croissant en Irak, en Syrie et au Liban est l’exemple le plus significatif de la façon dont la division, les scénarios d’états en échec et de gouvernements faibles ne serait en fait qu’une opportunité pour d’autres pouvoirs de se faufiler, s’initier et ensuite dominer.

Chronique d’un émiettement annoncé

Cette hypothèse n’est pas limitée à la vieille définition des pouvoirs sous forme d’états, mais inclut aussi de nouveaux acteurs transfrontaliers comme les groupes terroristes. Cela dit, il ne devrait être surprenant pour personne de voir Al Qaeda – et ensuite l’ISIS – apparaître et prospérer en Irak, après le chaos qui a résulté de l’occupation des États-Unis pour l’Irak. Le même concept de chaos et le scénario d’état en échec s’applique en Afghanistan, en Syrie, en Libye et au Yémen.

L’histoire peut être un point de départ pour expliquer comment des puissances majeures sont intervenues dans cette région pour garantir ce qu’elles voient comme – un intérêt stratégique-. Les exemples sont nombreux, mais peut-être que l’accord Sykes-Picot fut le cas le plus évident lorsque des puissances majeures ont consenti à diviser le Monde arabe en plus de 20 états. Il est vrai que les Arabes n’ont jamais vécu dans un seul état, mais ils ont vécu dans de grandes régions particulièrement connectées comme le Levant (consistant en ce qu’on connaît maintenant comme la Palestine, le Liban, la Syrie, la Jordanie) et le royaume de l’Égypte et du Soudan (divisé en deux états).

L’intervention étrangère et la fragmentation des Arabes ont pris une dimension plus accrue avec l’occupation américaine de l’Irak. Cette occupation en fait n’a pas seulement signifié la chute d’un État, d’un président ou d’une dictature, ou même la fin du nationalisme arabe dont Saddam Hussein était l’un des derniers leaders à embrasser la doctrine. Cela a signifié un tremblement de terre au sein de l’ordre régional entier et une transformation radicale de l’équilibre des forces au Moyen-Orient en général.

Cela étant dit, l’écroulement du régime de Saddam signifiait immédiatement que ce pays (l’Irak) deviendrait une proie et tomberait immédiatement dans les bras de l’Iran. Cette chute remuerait aussi la lutte sectaire (entre la majorité de Chi’ites qui ont vécu pendant des décennies sous la domination d’un dirigeant Sunnite et la minorité de Sunnites qui ont été favorisés sous le Ba’aths et le pouvoir de Saddam) et encouragerait les tendances séparatistes des Kurdes. Ces répercussions auraient-elles étés absentes quand les EU ont décidé d’occuper l’Irak et de le quitter ensuite sans aucune disposition qui empêcherait une telle fin ?

Quel Moyen-Orient demain?

Histoire mise de côté, ces développements nous mènent à l’apparition (ou la fabrication si nous voulons appeler un chat un chat) d’un nouvel acteur régional connu sous le nom d’ISIS. Le prétendu ISIS représente une combinaison atypique et un tissu unique d’une orientation extrêmement radicale qui se proclame de l’Islam Sunnite. Il est intéressant dans ce contexte de rappeler que l’ISIS n’a jamais existé avant la deuxième campagne américaine en Irak et ses racines remontent à Al Qaeda d’Abu Musab Al-Zarqawi, en 2004. En réponse à l’abîme de défiance entre les diverses sectes et le danger immense que ce groupe a posé, les autres sectes sont devenues plus inquiètes pour leur sécurité et exerçaient de temps en temps des représailles. En conséquence, le rôle de milices sectaires a augmenté et pour ajouter l’insulte à la blessure les tendances séparatistes des Kurdes irakiens se trouvaient justifiées plus que n’importe quelle époque auparavant. Les appels des Kurdes irakiens à l’indépendance ont résonné dans d’autres pays et ont encouragé des Kurdes en Syrie et en Turquie à suivre leur exemple tandis qu’il ne sera pas surprenant d’assister à une issue semblable avec les Kurdes en Iran, tôt ou tard.

Apparemment et comme durant l’ère Sykes-Picot, les superpuissances ont constaté peut-être que la re-fragmentation et le re-division de la région serviraient beaucoup mieux leurs intérêts stratégiques. L’élément Kurde est un élément critique dans l’équation régionale du Moyen-Orient, car toute tendance séparatiste des Kurdes dans un pays mènerait finalement à des scénarios semblables dans les quatre autres pays majeurs du Moyen-Orient : l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie. Dans une action étonnante, l’administration US a noué un nouveau partenariat avec un certain nombre de groupes Kurdes syriens, mettant sa relation stratégique avec la Turquie en péril.

Dans un entretien avec le journal Al Sharq Al Awasat, Walid Faris, qui a servi comme conseiller d’affaires pour le Moyen-Orient durant la campagne du Président Donald Trump, a déclaré que le régime syrien reconnaît entièrement le fait que l’administration du président Trump ne permettrait pas au régime de se déplacer vers l’est de la Syrie, ni vers Al Hasaka, ni vers les zones de combat contre l’ISIS. Ceci – selon Faris – explique pourquoi les EU ont expédié des unités de Marines supplémentaires au Nord-Est de la syrie. Autrement dit, Washington languit de devenir la colonne vertébrale des forces qui avanceront et libèreront l’enveloppe contrôlée par l’ISIS.

Des mouvements sur le terrain mènent à une conclusion semblable. En fait, avec la présence croissante des grandes puissances dans le conflit syrien, les développements montrent que le rôle de beaucoup d’autres acteurs (des guérillas comme le Hezbollah ou l’ISIS et Al Nusra ou des États comme l’Iran et la Turquie) prendra fin. Autrement dit, de telles transformations (particulièrement le rôle croissant des forces russes ) peut conduire à la fin de la présence iranienne en Syrie et le départ des autres guérillas semble imminent au moins dans les zones contrôlées par le régime syrien. Le déploiement des forces russes près de la frontière libanaise est un signe que le rôle du Hezbollah se termine, principalement après la réalisation d’un changement démographique et la consolidation d’une certaine structure sectaire dans les régions diverses.

De façon similaire, la présence remarquable des EU et le nombre croissant de forces américaines fait écho à des scénarios parallèles dans des zones contrôlées par les Sunnites (actuellement occupé par l’ISIS) ou les Kurdes. Ici, il apparaît comme si un accord implicite entre les deux puissances majeures a été conclu divisant la Syrie en sphères d’influence basées sur des paramètres sectaires ou ethniques.

Sachant que la Syrie est un domaine russe exclusif, le rôle significatif et les intérêts de l’Iran n’étaient pas toujours bien perçus à Moscou. Ainsi et après la reconnaissance de l’influence américaine au nord de la Syrie, la division de cette dernière entre Moscou et Washington et l’élimination du rôle d’autres acteurs semble représenter une situation gagnant-gagnant tant pour les Américains que pour les Russes.

Dans ce contexte, docteur Faris affirme que malgré les querelles politiques, la rencontre entre le Président Trump et le Président russe Vladimir Poutine peut avoir lieu bientôt. Leur entente publiquement convenue en Syrie passe par une porte : le retrait de toutes les forces armées étrangères et guérillas; à savoir le Hezbollah, les milices irakiennes, Al-Basdaran, Al Qaeda, ISIS, Al Nusra et tous ceux qui sont arrivés en Syrie avec l’aide du régime iranien. M. Faris ajoute que Washington et ses alliés de L’OTAN d’une part et la Russie et ses alliés internationaux comme la Chine d’autre part peuvent se satisfaire de cette solution.

Toutes ces parties acceptent, aussi, que la première étape qui peut mener à une solution en Syrie commence par l’abolition de l’ISIS. Après sa disparition , une autorité Sunnite arabe modérée doit assumer le pouvoir dans les zones contrôlées par l’ISIS. La logique derrière ce pas est que si la présence de l’ ISIS est remplacée par le régime syrien – comme ce qui se passe maintenant en Irak – ceci peut être la source d’un problème sectaire futur dans ces zones. Donc, selon M. Faris, le rôle d’un certain nombre de pays arabes sunnites modérés serait important parce qu’il y a un besoin d’ alliance sur le terrain.

Sur les amas de ce conflit, on pourrait soutenir que la Syrie se dirige vers une division tripartite : une sphère russe d’influence – où le régime syrien et sa secte d'(Alawi) chi’ite dominent; une sphère américaine d’influence – où l’opposition arabe sunnite et sa secte prédomine; et une autre sphère américaine d’influence composée de Kurdes. Il est inutile de dire, que l’on peut facilement entrevoir une image inversée de l’Irak, embourbé dans le sectarisme et les pièges ethniques et une horde d’incertitudes et de divisions sont désormais plus claires que jamais auparavant. Ainsi, il ne sera pas étonnant de voir la fin de la guerre syrienne bientôt et de la même façon la disparition d’ISIS, particulièrement après qu’il ait honoré son mandat et le but pour lequel il a été crée : la déformation de l’image de l’Islam et la cimentation d’un sectarisme régional.

*Dr Fadi Elhusseini est conseiller politique et médiatique et membre principal du Centre de gouvernance de la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa. Il est membre du conseil d’administration de la New Arab Foundation et chercheur associé (ESRC) à l’Institute for Middle East Studies Canada. Il est titulaire d’un doctorat en relations internationales (Turquie et monde arabe) de l’Université de Sunderland en Grande-Bretagne.

publié par: Espacemre

Disponible en Arabe et Anglais

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s